michel's profileMichel VergaelenPhotosBlogListsMore Tools Help

Blog


    July 06

    Article sur la Province du 6 juillet 2009

    Vergaelen Michel.pdf  

    Citer le message précédent

    vergaelen.michel@hotmail.com
    August 15

    Morts Conjointes 1 - Vergaelen Michel

    Frameries se réveille au son des moteurs des camions qui viennent s'approvisionner en charbon dans les nombreux charbonnages qui en assurent l'extraction jour et nuit. La guerre a ruiné le pays, les dirigeants comptent sur l'industrie minière pour sortir le pays de ses difficultés et le reconstruire. Les profits engrangés grâce à la présence de nos colons au Congo Belge n'y suffisent pas!


    Déjà le soleil éclaire les façades des corons exposées à l'orient. Contrastes de lumière, dur et sans nuances, comme les habitants de ce Borinage.


    Dans un rythme mécanique stupide, les feux de circulation passent du vert au rouge et du rouge au vert, menant la danse des véhicules qui semblent y prendre du plaisir.


    La fraîcheur de l'air, venue des campagnes environnantes, se tarit sous le joug du soleil qui domine et décide soudain d'imposer son ambiance. En mai, fais ce qu'il te plaît! Maître Soleil en a fait son adage. Il le choisit pratiquement tous les ans pour se faire les rayons en première intensité et gare aux intempéries qui tenteront de venir perturber ses intentions! Après la pluie viendra toujours le beau temps!


    De la campagne ne vient pas seulement la fraîcheur de l'air. S'y associent les parfums de la terre et tout ce qu'elle nourrit.


    La bourgade est heureuse en ce temps de retour de la vie dans tout ce qu'elle apporte. L'espoir, la joie et le bonheur dans les moments difficiles qui sont le lot quotidien des petites gens.

    April 19

    Ostende- Vergaelen

    Il se hissa rapidement hors du trou  dans lequel il avait l’impression d’être piégé face aux mouettes qui l’observaient et la mer qui allait l'engloutir. En plus, il était las de ce jeu qui consistait à déplacer du sable qui, de toute manière, lui revenait avec le mouvement de l’eau qui s’était frayé un chemin pour remplir son trou et couvrir ses pieds de boue.

     

    Hervé avait chaud. Il se débarrassa de ses vêtements. Il s’avança prudemment dans la mer, brisant les lames en écume.

     

    Les vaguelettes léchaient agréablement ses pieds en les débarrassant du sable qui s’y était collé.

     

    La mer lui semblait aussi immense que quand il la regardait du trou, à la hauteur de ses petits yeux, mais elle lui semblait maintenant moins menaçante; elle avait acquis la confiance de l’enfant.

     

    Il s’était avancé de quelques mètres. Le niveau de l’eau atteignit le bas de ses genoux. Les vagues devenaient un peu plus nerveuses, se lançant quelques centimètres vers le haut, retombant dans un fracas qui lui donnait le vertige mais le grisait.

     

    Hervé demeura à hauteur de ces vagues et longea la plage en lançant ses pieds dans l’écume des vagues.

     

    Le soleil commençait à se voiler. Peu de gens étaient encore sur la plage.

     

    Tout d’un coup, le vent monta. Les nuages foncés, venus d’Angleterre, arrivaient au loin, important la morosité britannique sur la petite Belgique.

     

    Il marcha très longtemps, quittant de temps en temps son sillage pour observer ci et là un coquillage ou une étoile de mer. Combien de temps dura cette randonnée? Nul n’aurait pu le dire.

     

    February 27

    La cueillette des champignons - Vergaelen Michel

    Vêtue d'un magnifique costume de cueilleuse de champignons, elle était coiffée d'un petit panier d'osier, plus petit que celui dans lequel elle plaçait sa cueillette. A l'époque, il était de bon ton de se coiffer de telle manière au cas où celui qu'elle portait sous le bras eût été insuffisant pour contenir une récolte abondante.

    Elle portait une veste renforcée dans le dos qui lui permettait de passer sous les barbelés sans se déchirer la peau et de parer les coups de cornes de vache, en cas d'attaque bovine par derrière.

    Une épaisse jupe de laine couvrait une paire de collants imperméables qui protégeaient les jambes féminines de la fraîcheur de la rosée.

    La jeune fille cueillait merveilleusement bien les champignons. Elle les choisissait judicieusement, préférant, comme toute connaisseuse, ceux qui poussaient directement dans le noble caca de cheval.

    Hugo stoppa sa quête pour l'observer. La méthode de cueillette des cryptogames était, sans hésitation possible, la méthode académique adoptée par les cueilleurs d'élite.

    Elle posait son regard sur l'élu. Elle descendait doucement la main et, délicatement pour ne pas laisser de traces, elle refermait les doigts sur le pied avant et le faisait pivoter d'un quart de tour, pas un millimètre de plus ni de moins, dans le sens des aiguilles d'une montre.

    Le champignon s'apercevait qu'il avait affaire avec une connaisseuse et se laissait tomber sans résistance dans la main parfumée de celle dont il allait avoir le court mais immense honneur de combler l'orgueil d'une bonne cueillette.

    August 25

    Les oeufs?

    Je ne maîtrisais pas mon interprétation. Je la subissais !

    N’étais-je pas soumis à l’émanation de mon propre esprit, à moi-même ?

    Une réflexion sur la situation me décida toutefois à poursuivre la séance pour terminer l’œuvre qui devait être, je l’avais décidé, la première d’une série de paysages désertiques que j’allais associer à des œufs dans des situations particulières, tableaux que j’avais peints pendant la saison précédente. Cette sous-série accordait à l’œuf une place proéminente. Je les transposais dans des paysages surprenants, leur donnant une place qu’ils n’auraient jamais pu occuper sans l’intervention d’un interprète : dans la mer, dans un verger, derrière un portail de l’entrée qui aurait pu être celle d’un domaine viticole ou émergeant d’un océan sous l’apparence de poissons et d’un phare qui veillerait à la justesse de leur destination.  

    July 10

    la peinture et la mort

    Quelques heures auparavant,  j’avais nettoyé la palette sur laquelle avaient séché les mélanges de couleur abandonnés lâchement. J’avais gratté sa surface à l’aide de la petite truelle et terminai mon nettoyage avec un coton imbibé de térébenthine.

     

    Après un séchage rapide, j’avais pressé les tubes de peinture nécessaire pour réaliser l’interprétation. J’y ai mis une once de bleu outremer, une petite pointe de noir ivoire, un peu de terre de Sienne et énormément de blanc de zinc.

     

    Avant de m’installer devant le chevalet, je pris la décision qui m’était habituelle de placer un disque dans l’appareil de lecture. J’avais choisi d’écouter « Excalibur » de Vangelis. Je puisais une partie de mon inspiration dans la musique. Je choisissais un morceau qui correspondait à la nécessité de l’instant sans qu’un effort de réflexion ne me fût indispensable. Le choix d’écouter une interprétation musicale se faisait automatiquement. Le morceau correspondait à la nécessité du moment sans que je dusse faire une corrélation. Mon effort ne consistait qu’à laisser tomber ma main sur le disque qui serait l’élu pour assurer la bonne marche de l’évènement qui allait prendre cours.

     

    J’avais pris l’habitude d’écouter des musiciens tels Mike Oldfield, Pink Floyd et Vangelis pour stimuler mes séances de peinture.

     

    Il m’est difficile, voire impossible, de peindre ou d’écrire dans une atmosphère de calme domestique. Cela n’est pas valable en ce qui concerne le calme extérieur de la nature qui est un calme serein, élément indispensable pour l’épanouissement. Le silence, les bruits du silence d’une maison, sont déprimants par leur monotonie et leur effort inutile d’illustration de notre existence qui, sans les piaillements de la nature, est morne et obstacle à toute forme d’expression créative.

    June 26

    La peinture et la mort - Vergaelen Michel

    L’inspiration de ce tableau m’était venue dans un songe dans lequel mission m’avait été donnée de le peindre. A l’époque, d’ailleurs, la plupart de mes tableaux étaient réalisés sur commande.

    Ils m’apparaissaient en rêve. Il m’était clairement demandé de les réaliser. N’ayant pas de formation dite « artistique », je les reproduisais du mieux que je pouvais, sans respect des règles académiques.

    Ce jour-là, je terminais donc ce tableau. J’étais occupé à interpréter l’étang, le chemin qui l’entoure, ainsi que la clôture qui le ceint.

    La séance de travail en question était une reprise, fait qui empêchait une motivation positive. Comme cela m’était arrivé maintes fois au préalable, je m’attendais à un changement en cours de route.

    Mais, à mon grand désarroi, un sentiment mystérieux m’empêchait de me remettre au travail. De toutes mes forces, je me mis à la combattre, bravant cette perturbation que je prévoyais passagère.

    A cet obstacle s’ajoutait la sensation aussi étrange qu’une force incontrôlable entraînait mon bras vers le tableau. Je ne pouvais m’en dégager qu’au prix d’un effort très intense, aussi physique que psychologique. Ce phénomène était surprenant, mais surtout très perturbant.

    Je n’éprouvai dès lors plus le plaisir de peindre. La mission qui m’avait été donnée en songe se concrétisait à la manière d’une photo qui sort de l’appareil photographique. Mon inspiration se concrétisait à la sortie de mon esprit via les poils de mon pinceau sans que ma volonté ne soit sollicitée. C’était du moins la sensation que j’éprouvais.

    Je ne maîtrisais pas mon interprétation. Je la subissais !

    N’étais-je pas soumis à l’émanation de mon propre esprit, à moi-même ?

    Une réflexion sur la situation me décida toutefois à poursuivre la séance pour terminer l’œuvre qui devait être, je l’avais décidé, la première d’une série de paysages désertiques que j’allais associer à des œufs dans des situations particulières, tableaux que j’avais peints pendant la saison précédente. Cette sous-série accordait à l’œuf une place proéminente. Je les transposais dans des paysages surprenants, leur donnant une place qu’ils n’auraient jamais pu occuper sans l’intervention d’un interprète : dans la mer, dans un verger, derrière un portail de l’entrée qui aurait pu être celle d’un domaine viticole ou émergeant d’un océan sous l’apparence de poissons et d’un phare qui veillerait à la justesse de leur destination.

    La série de tableaux interprétant la mort de notre monde en le transformant en désert devait rejoindre la renaissance représentée sous forme d’œufs.

    J’avais en effet mis la charrue avant les bœufs en créant la renaissance avant la mort qui devait nécessairement la précéder ! La mort et le renouveau, rythme de la vie qui mène la danse de l’éternel recommencement ! Envol et réincarnation via l’œuf !

    Je terminais l’étang qui avait résisté à la sécheresse quasi générale de ce monde. L’eau, symbole de la vie. Elle précédait l’œuf, dans mon esprit. A quoi servirait donc la naissance d’une vie physique en l’absence d’eau ?

    J’avais clôturé symboliquement encore cet endroit sacré, le séparant du néant apparent de la mort.

    June 10

    Séance de peinture - Vergaelen Michel

    La séance était ouverte. L’expression avait le champ libre.

     

    Faisais-je de l’art ? Ignorant sa définition, il m’est difficile, voire impossible, de qualifier mon travail comme tel. D’aucuns ont clôturé l’art dans des définitions bien arrêtées, dans une enceinte, un clos, entouré d’un haut mur épais en dehors duquel aucune autre forme de travail que l’académique n’y trouve sa place. Il ne peut y être inclus les formes d’expression populaire que la plupart dégage avec un désintérêt financier que n’ont pas la plupart des « académiciens » vils et vaniteux après une reconnaissance qui déracine et tue leur véracité.

     

    Il ne m’appartient pas de juger l’appartenance d’une activité au domaine du travail artistique, d’autant plus que ce domaine doit comporter des critères définis par l’élite autoproclamée qui l’étend quotidiennement selon ses souhaits ou selon les connaissances de ce qu’elle croit être le goût de la plupart desdits non initiés.

     

    Je n’aurais d’ailleurs pas la prétention de pouvoir baliser ces travaux sensuels en excluant les autres. Je crois que, dans le hit parade de la connerie, cette pratique est celle qui ferait le sujet qui tiendrait la première place le plus longtemps !

     

    En conclusion, s’il en était besoin, mon ignorance m’obligerait de classer mes activités dans les travaux d’expression personnelle et dans ce que je qualifierais d’interprétation de sentiments, sans préjuger de son niveau. En outre, entre nous, ce qui est considéré comme artistique par une civilisation peut très bien ne pas l’être par une autre !

     

    Après cette réflexion de mise au point pour me motiver, je pouvais commencer.

     

    Je pris ma truelle et préparai le premier petit mélange à base de bleu outremer destiné à couvrir la surface de l’étang qui, depuis bien trop longtemps, était restée béante, dans l’attente d’une surface réfléchissante dans laquelle on lirait la tristesse de la lune.

    En mixant ma pâte, je pensais à la chance qui m’était donnée de me trouver là, debout devant mon chevalet et d’avoir la possibilité de m’exprimer librement sur une toile. Geste politique car libérateur !

     

    Aucune contrainte ne me dévie de mon but ni ne barre mon chemin. Privilège de l’existence. Je savoure la liberté, ma liberté, comme on savoure un fruit, en sachant que l’on en arrivera au bout, mais sans m’en préoccuper le moins du monde.

     

    Se poser sur une toile, imprimer, immortaliser ses pensées, ses rêves, ses visions. Figer un sentiment, un moment de son existence, marquer l’histoire d’une empreinte, si petite soit-elle et pouvoir se dire que l’on a existé, que l’on n’a pas toujours été absent de la marche physique d’un univers qui semble ignorer notre présence la plupart du temps/

    February 13

    Spirales de vie - 13 - Vergaelen Michel

     

    Sa tête était coiffée d'un béret basque, le même que celui que portait Luis Mariano dans un film qu'il avait vu au cinéma ambulant qui s'était installé l'année précédente au village.


    La jeune fille fit mine d'être effrayée, comme il est de coutume chez les femmes convenables. Elle couvrit ses yeux de la main gauche et elle posa la main droite sur sa poitrine pour appuyer l'apparence de peur.


    Casimir interpréta ce geste comme une démonstration de pudeur. Il en conclut donc que la jeune fille était bien éduquée.


    N'ayant pas vêtu une veste renforcée au dos, il ne pouvait passer sous la clôture de fils barbelés sans l'abîmer. Il tenait beaucoup à sa veste de cueilleur de pissenlits et, en outre, craignait de se blesser le dos.


    Il prit donc la sage décision de la rejoindre en ouvrant simplement la barrière, passage normal entre les deux prés.


    Avant de passer sur le terrain suivant, il entrouvrit son sac d'illusions. Il y puisa une poignée, quantité qu'il jugea suffisante, dans un premier temps, pour satisfaire son envie de dialogue avec la jeune femme.


    Il prit son courage à deux mains. La barrière s'ouvrit sans beaucoup d'effort. Lorsque l'ouverture fut suffisante pour lui permettre de passer, il s'avança en appelant son apparition matinale.


    • Mademoiselle!


    La jeune fille, de plus belle, reprit le rôle de la femme terrorisée. Elle demeurait plantée sur place, là où il l'avait, quelques minutes avant, vue cueillir son dernier champignon.


    Elle semblait paralysée par l'arrivée de celui qu'elle croyait être un cueilleur de pissenlits « officiel » que la réputation a transformés en « videurs » de prairies. La jeune créature ne s'attendait pas à en voir arriver un à cette heure ni en cette saison!


    Cependant, le sourire de l'homme la décrispa. Casimir, malgré le fait qu'il n'avait pas daigné se couvrir du costume réglementaire de cueilleur de champignons, avait pensé à couvrir son visage du masque adéquat.


    Jamais elle n'avait vu un cueilleur de pissenlits dont le visage était couvert du masque des cueilleurs de champignons!


    Soudain, une idée lui vint à l'esprit. Et si cet homme venait la déposséder de sa récolte? Sa physionomie lui était inconnue. Elle ne correspondait à aucun homme qu'elle connût au village.


    Casimir s'approchait dangereusement.


    • Enlevez votre masque ou éloignez-vous! Lui ordonna-t-elle.


    January 28

    Spirales de vie 12 - Vergaelen Michel

     

    Vêtue d'un magnifique costume de champignon, elle était coiffée d'un petit panier d'osier, plus petit que celui dans lequel elle plaçait sa cueillette. A l'époque, il était de bon ton de se coiffer de telle manière au cas où celui qu'elle portait sous le bras eût été insuffisant pour recevoir la récolte trop fructueuse.


    Elle portait une veste renforcée dans le dos qui lui permettait de passer sous les barbelés sans se déchirer la peau et de parer les coups de cornes de vache.


    Une épaisse jupe de laine couvrait une paire de collants imperméables qui protégeaient les jambes féminines de la fraîcheur de la rosée.


    La jeune fille cueillait merveilleusement bien les champignons qu'elle choisissait judicieusement, préférant, comme toute connaisseuse, ceux qui poussaient directement dans le caca de cheval.


    Casimir stoppa sa quête pour l'observer. Sa manière de cueillir les cryptogames était, sans hésitation possible, celle que seuls les cueilleurs d'élite avaient.


    Elle posait délicatement son regard sur l'élu. Elle descendait la main avec autant de délicatesse sur ce dernier. Doucement, pour ne pas laisser de traces, elle refermait les doigts sur le pied avant de le tourner d'un quart de tour, pas un millimètre de plus ni de moins, dans le sens des aiguilles d'une montre.


    Le champignon s'apercevait qu'il avait affaire avec une connaisseuse et se laissait tomber dans sa main parfumée.


    La jeune fille posait soigneusement sa prise dans le panier d'osier. Elle s'attaquait au suivant de manière identique.


    Après avoir admiré son merveilleux savoir-faire, Casimir s'approcha de la clôture qui séparait les deux prés. Il voulut absolument faire connaissance avec ce phénomène!


    • Mademoiselle! Cria-t-il en direction de la jeune fille.


    Ne s'attendant pas à rencontrer quelqu'un à cette heure matinale dans pareil endroit, elle fut très effrayée. Mais la frayeur ne dura que quelques secondes! Très rapidement, elle se rendit compte que ce quelqu'un était un jeune homme et que ce jeune homme était beau!


    Il lui apparaissait dans son beau costume de cueilleur de pissenlits. En effet, la veille, fatigué de sa journée d'admiration, il avait préparé ce costume plutôt que celui qui aurait normalement dû être prévu pour l'activité de ce jour.


    January 13

    De la faute à mai 68 - Vergaelen Michel

     

    Elle ne fumait pas de cigarettes qu’elle aurait pu rouler avec ses doigts et dont le papier aurait pu être fermé grâce à sa salive étalée d’un coup de langue habile et ferme. Non, elle préférait garder une bonne santé pour pouvoir monter, sans être essoufflée, les escaliers qui menaient à l'appartement, sans devoir cracher des glaires jaunes ou verts dus à la fumée du tabac.


    Elle trouvait de toute façon indécent de cracher dans les escaliers où tout le monde passe.


    Vous comprendrez dès lors que sa voix cassée n’était pas le résultat des vingt à trente cigarettes quotidiennes qu’elle aurait pu fumer. Ses cordes vocales étaient simplement détendues à cause des cris qu’elle poussait tous les jours vers 16h35 du quatrième étage pour ordonner aux enfants qui jouaient sur le trottoir d’être moins bruyants!


    A l’époque, elle ne voulait pas être témoin de Jéhovah ni de qui que ce soit, d'ailleurs, car elle n’avait ni le temps de témoigner, ni le temps de colporter les témoignages des autres de maison en maison. Elle était femme au foyer et, à l’occasion, photographe d’objets trouvés, d’un mètre maximum1.


    Elle aurait préféré collectionner ces objets trouvés en trois dimensions, en réels, mais l’ironie du sort a voulu que l’espace lui manquât dans l’appartement et que, par conséquent, elle dût plutôt choisir de les photographier. Les photos étant moins volumineuses, il est plus facile de les stocker.


    Nous habitions un petit «trois pièces» situé au quatrième étage d’une ancienne maison de maître qui en comptait cinq, comme on peut en rencontrer beaucoup à Bruxelles. Le grenier était collectif, ainsi que la cave. Il ne restait donc que les trois pièces dans lesquelles nous habitions pour stocker nos collections éventuelles. Mais il fallait laisser un couloir libre pour pouvoir entrer et sortir. Maman trouvait que c’était un minimum et elle avait sans doute raison.


    Mon père, quant à lui, a quitté le domicile quelques minutes avant ma naissance, juste après les premières contractions de ma mère. Il était impatient de partir. Il voulait changer d’existence. Il partait vivre avec un conducteur de bus d’origine africaine, celui qui le conduisait depuis un lustre vers son travail quotidien et mal payé dans le centre de Bruxelles.


    De toute façon, tout bien pensé, ça n’aurait jamais marché entre maman et lui, déjà qu’ils ne se comprenaient pas ! Ma mère ne prétendait s’exprimer qu’en français, alors que mon père ne voulait parler que le néerlandais.


    Papa s’appelait Jef, diminutif de Jozef2 en flamand. Lui non plus ne voulait pas être Témoin de Jéhovah ni de quoi que ce soit et, surtout pas d’un accident car il estimait également ne pas avoir le temps, comme maman.


    1 Photographier des objets d’une grandeur dépassant le mètre exige trop de recul et le travail est effectué à l’intérieur, ce qui limite cette possibilité

    2 Prononcez « Yauzef »

    January 10

    Voyage (1) - Vergaelen Michel

     

    Pendant que je m'appliquais à lire le premier article, un désagréable et écoeurant parfum de femme transformait ma respiration en charge inattendue. Je jetai un coup d'oeil sur la pollueuse avant de poser de nouveau sur le texte que j'avais commencé dans la bonne humeur.


    En effet, mon regard ne put s'attarder sur cette blonde dégénérée ou cette décolorée en mal de reconnaissance ou en chasse!


    Je parcourus l'article à la une avec une tristesse qui me rendait malheureux. Le monde donnait l'impression de se complaire dans une effervescence malsaine.


    Pour ne pas pleurer, je me rassurai en me rappelant que tout cela n'était que théâtre, spectacle, dans la continuité de ce que je vivais. Tous ces éléments s'imbriquaient pour faire un spectacle immense que l'on appelait « la vie »!


    Je quittai la page du journal pour observer les figurants et acteurs et me rendre compte de la qualité du jeu de scène. Chacun semblait dissimuler son chagrin et son étonnement à la lecture du journal. On eût dit que c'était du réel!


    Pour éviter les débordements, le contrôleur de sentiments fit le tour. Il observait les visages; Son rôle ne devait pas être aisé! Dans une chronologie sans heurt, le train se mit en route. Je me sentais bien, malgré le nombre de morts qui s'accumulaient au fur et à mesure que s'avançait ma lecture.


    Je relativisais. Il le fallait!

    January 07

    Voyage - Vergaelen Michel

     

    Une grosse dame fendait la foule de son corps large et percutant, s'avançant, menaçante, dans ma direction, l'air grave et décidé. Ses cheveux gris, en bataille, semblaient n'avoir jamais été alignés au travers des dents d'un peigne.


    Une paire de grosses et affreuses lunettes couvrait la moitié de la superficie de son visage rond, comme un ballon de football, presque inhumain. Ses yeux tournaient dans un mouvement perpétuel, grossis par les gros verres.


    Son gros manteau vert, hors saison, était couvert de poils, probablement d'un chien clair en mue, celui qui pendait au bout de la laisse qu'elle tenait comme un trophée dans la main gauche, avec un marteau de carrossier, en caoutchouc noir.


    Son autre main était fermée sur un burin tranchant trempé à l'huile d'olive par un forgeron suédois, en vacances dans les Ardennes Belges et qui le lui avait offert pour la remercier de lui avoir indiqué la route pour sortir d'une cité sociale dans laquelle il avait du se perdre avec sa famille paniquée.


    Elle marchait d'un pas arraché vers la place qu'elle voulait occuper sur le quai, là où elle avait l'habitude d'attendre le train, lorsqu'un changement de voie ne perturbait pas ses habitudes!


    Le spectacle commençait à m'intéresser.


    Parmi les figurants qui entouraient la grosse dame au marteau, certains se singularisaient par des variantes remarquables pour des yeux observateurs!


    L'un regardait ses pieds tandis que son voisin, l'index enfoui dans le nez, à la recherche d'une crotte à sortir, observait les aller et venues d'un pigeon qui martelait l'air avec sa tête. Un grand barbu s'adressait à une jeune dame qui faisait mine de l'écouter attentivement.


    Une jeune fille, petits écouteurs dans les oreilles, se balançait au rythme d'une musique qu'on pouvait supposer très entraînante. Ses pieds battaient le sol, émettant un bruit qui, ostensiblement, dérangeait le vieil homme posté en face d'elle.


    Dans un crissement de freins épouvantable couvrant le bruit du martelage des joints des rails par les roues, le train entra en gare, grand et fier comme un paon. Il s'arrêta et le crissement stoppa. Le chef de train ouvrit les portes.


    A son coup de sifflet, les voyageurs se mirent en file face aux portes. Chacun d'entre eux choisit sa file selon ses idées, déterminées par la couleur du journal qu'ils tenaient en main, signe de leur tendance politique.


    Je cherchais la file dans laquelle je devais m'aligner lorsque je me rendis compte de mon erreur. J'avais oublié d'acheter un journal, supplément indispensable au billet de train! Il m'était donc impossible d'embarquer!


    January 01

    Spirales de vie 11 - Vergaelen Michel

     

    La jeune fille fit mine d'être effrayée, comme il est de coutume chez les femmes convenables. Elle couvrit ses yeux de la main gauche et elle posa la main droite sur sa poitrine pour appuyer l'apparence de peur.


    Casimir interpréta ce geste comme une démonstration de pudeur. Il en conclut donc que la jeune fille était bien éduquée.


    N'ayant pas vêtu une veste renforcée au dos, il ne pouvait passer sous la clôture de fils barbelés sans l'abîmer. Il tenait beaucoup à sa veste de cueilleur de pissenlits et, en outre, craignait de se blesser le dos.


    Il prit donc la sage décision de la rejoindre en ouvrant simplement la barrière, passage normal entre les deux prés.


    Avant de passer sur le terrain suivant, il entrouvrit son sac d'illusions. Il y puisa une poignée, quantité qu'il jugea suffisante, dans un premier temps, pour satisfaire son envie de dialogue avec la jeune femme.


    Il prit son courage à deux mains. La barrière s'ouvrit sans beaucoup d'effort. Lorsque l'ouverture fut suffisante pour lui permettre de passer, il s'avança en appelant son apparition matinale.


    • Mademoiselle!


    La jeune fille, de plus belle, reprit le rôle de la femme terrorisée. Elle demeurait plantée sur place, là où il l'avait, quelques minutes avant, vue cueillir son dernier champignon.


    Elle semblait paralysée par l'arrivée de celui qu'elle croyait être un cueilleur de pissenlits « officiel » que la réputation a transformés en « videurs » de prairies. La jeune créature ne s'attendait pas à en voir arriver un à cette heure ni en cette saison!


    Cependant, le sourire de l'homme la décrispa. Casimir, malgré le fait qu'il n'avait pas daigné se couvrir du costume réglementaire de cueilleur de champignons, avait pensé à couvrir son visage du masque adéquat.


    Jamais elle n'avait vu un cueilleur de pissenlits dont le visage était couvert du masque des cueilleurs de champignons!


    Soudain, une idée lui vint à l'esprit. Et si cet homme venait la déposséder de sa récolte? Sa physionomie lui était inconnue. Elle ne correspondait à aucun homme qu'elle connût au village.


    Casimir s'approchait dangereusement.


    • Enlevez votre masque ou éloignez-vous! Lui ordonna-t-elle.


    Casimir glissa le masque et se montra à visage découvert.


    La femme ne connaissait pas l'homme! Elle n'avait jamais vu ce visage! Aucun souvenir n'occupait sa mémoire quant à cet être qui lui apparaissait d'on ne sait où.


    December 30

    Spirales de vie 10 - vergaelen Michel

     

    Le repas de midi devait être assuré! Pour ne pas retourner bredouille, il se mit à la tâche, se promettant de rentrer avec un panier débordant.


    Il était occupé depuis plus d'une heure, les pieds dans la rosée du matin, lorsqu'il vit, dans le pré voisin, une jeune fille occupée à la même quête. Elle déambulait, un panier d'osier, comme le sien, sous le bras.


    Vêtue d'un magnifique costume de champignon, elle était coiffée d'un petit panier d'osier, plus petit que celui dans lequel elle plaçait sa cueillette. A l'époque, il était de bon ton de se coiffer de telle manière au cas où celui qu'elle portait sous le bras eût été insuffisant pour recevoir la récolte trop fructueuse.


    Elle portait une veste renforcée dans le dos qui lui permettait de passer sous les barbelés sans se déchirer la peau et de parer les coups de cornes de vache.


    Une épaisse jupe de laine couvrait une paire de collants imperméables qui protégeaient les jambes féminines de la fraîcheur de la rosée.


    La jeune fille cueillait merveilleusement bien les champignons qu'elle choisissait judicieusement, préférant, comme toute connaisseuse, ceux qui poussaient directement dans le caca de cheval.


    Casimir stoppa sa quête pour l'observer. Sa manière de cueillir les cryptogames était, sans hésitation possible, celle que seuls les cueilleurs d'élite avaient.


    Elle posait délicatement son regard sur l'élu. Elle descendait la main avec autant de délicatesse sur ce dernier. Doucement, pour ne pas laisser de traces, elle refermait les doigts sur le pied avant de le tourner d'un quart de tour, pas un millimètre de plus ni de moins, dans le sens des aiguilles d'une montre.


    Le champignon s'apercevait qu'il avait affaire avec une connaisseuse et se laissait tomber dans sa main parfumée.


    La jeune fille posait soigneusement sa prise dans le panier d'osier. Elle s'attaquait au suivant de manière identique.


    Après avoir admiré son merveilleux savoir-faire, Casimir s'approcha de la clôture qui séparait les deux prés. Il voulut absolument faire connaissance avec ce phénomène!


    • Mademoiselle! Cria-t-il en direction de la jeune fille.


    Ne s'attendant pas à rencontrer quelqu'un à cette heure matinale dans pareil endroit, elle fut très effrayée. Mais la frayeur ne dura que quelques secondes! Très rapidement, elle se rendit compte que ce quelqu'un était un jeune homme et que ce jeune homme était beau!


    Il lui apparaissait dans son beau costume de cueilleur de pissenlits. En effet, la veille, fatigué de sa journée d'admiration, il avait préparé ce costume plutôt que celui qui aurait normalement dû être prévu pour l'activité de ce jour.


    Sa tête était coiffée d'un béret basque, le même que celui que portait Luis Mariano dans un film qu'il avait vu au cinéma ambulant qui s'était installé l'année précédente au village.


    December 21

    Spirales de vie 9 - Vergaelen Michel

     

    Le cœur gai et décidé à jouir le plus possible de cette sainte journée, il battit le pavé avec l'énergie qu'il ne développait que quand il allait au-devant du bonheur.


    Il se rendait au lieudit « les quatre chemins », le carrefour par lequel on pouvait rejoindre Haulchin, Villers Saint Ghislain, Givry ou les prairies où il avait coutume de cueillir ses champignons.


    Rapidement, il décida de prendre le chemin qui menait à sa prairie de prédilection. Le pré en question longeait la ligne de chemin de fer entre Vellereille et Estinnes Au Mont.


    Peu de gens savaient que cet endroit était une véritable mine de champignons.


    Après avoir franchi la clôture de fils barbelés, Casimir se mit à chercher et à cueillir les végétaux hétérotrophes peu nombreux, ce jour-là. Il les trouvait, en majorité, près des excréments des chevaux qui le regardaient nonchalamment.


    Lorsqu'il arriva sur place, il dut commencer ses recherches à l'aide d'une torche électrique qui compléta avantageusement la lueur puissante, mais parfois insuffisante, de Madame la Lune.


    Ce jour-là, le ciel s'était dégagé des nombreux nuages qui le couvraient la veille. Seule la petite brume flottait encore à la hauteur de la tête du cueilleur matinal, limitant la diffusion de la lumière lunaire.


    Dans l'herbe scintillaient les gouttes de rosée donnant à ce lieu une atmosphère de fête.


    Ce plaisir des yeux dura jusqu'à l'aube qui ne tarda pas à arriver et à remplacer ce spectacle par celui du réveil de la nature.


    Le soleil arriva dans une transition presque imperceptible. Dès qu'il fut installé, il poussa délicatement la lune dans sa chambre. Avec une délicatesse extrême, il commença à éclairer la terre et les cueilleurs de champignons de la région.


    Le soleil éclaira le panier d'osier de Casimir. Il se rendit compte que la cueillette n'avait pas encore été aussi profitable qu'il ne l'eût espéré.


    December 16

    Spirales de vie 8 - Vergaelen Michel

     

    Après qu'il eût retrouvé tous les meubles dont il avait besoin et qu'il eût rangé toutes ses affaires, Casimir prit son repas dans la salle de bains où la table l'attendait dûment couverte de mets frugaux dont des crevettes de Blankenberge.


    Au cours du repas, il ressassa tous les tableaux qu'il avait mémorisés et imaginait des compositions de leurs éléments.


    Ce soir-là, il avait prévu de peindre la composition imaginée après la préparation de ses vêtements.


    Dès qu'il eût fait les préparatifs pour la cueillette du lendemain, il commença les bases de sa peinture sur une toile moyenne. Il décida de la terminer le lendemain, après avoir mangé les champignons qui rempliraient son panier. Il peindra le talus qu'il a observé pendant la journée. En avant-plan, au pied de l'églantier, il placera son chapeau de pêcheur de truites saumonées. Sur le talus même, il peindra le lapin sorti de son terrier, observé par l'alouette, éternisée dans le ciel bleu tacheté de nuages moutonneux. Il ne le ferait pas gris, le ciel, c'était une composition, il ferait le ciel de la veille!


    Le ciel avait été gris, mais il n'avait pas plu. Il aurait donc pu être bleu, moutonné!


    La soirée se termina comme se terminaient la plupart des soirées dans la maison fleurie: après avoir nettoyé ses pinceaux et rangé son matériel, Casimir rejoignit son lit, plein de rêves dans la tête.


    Quatre heures sonnèrent dans son vieux réveil. Casimir ouvrit la fenêtre de sa chambre et y passa la tête pour évaluer le temps et décider de la tenue vestimentaire avec laquelle il couvrirait ce corps qu'il appréciait modérément.


    L'air était frais et brumeux. Aucun bruit ne perturbait le centre de Vellereille-Le-Sec.


    Il se para du costume de cueilleur de champignons avec lequel il s'était déjà fait des récoltes dignes des plus grands cueilleurs de la campagne boraine.


    L'homme prit un copieux petit déjeuner, se prépara une collation pour prendre la route et sortit le plus rapidement possible pour profiter de la fraîcheur de l'aurore.


    December 14

    Spirales de vie 7 - Vergaelen

     

    Les tableaux de son existence, il pouvait également les peindre sur toile. Il avait déjà traité maints sujets d'ici et d'ailleurs, tous ceux qui avaient marqué le plus sa vue d'observateur et de contemplateur.


    Il avait peint tous les objets de sa maison, l'église et l'école du village. Il avait interprété les observations qui l'avaient le plus marqué au cours de ses promenades.


    Cet été, sa préférence avait été les coins où étaient présents les coquelicots qu'il avait conjugués à tous les temps et tous les modes.


    Inconsciemment, il introduisait la corneille dans ses sujets, dans tous ses programmes annuels. La corneille était présente dans toutes ses interprétations!


    Après avoir dégusté les morceaux de viande séchée et de pain qu'il s'était préparés la veille, il ouvrit la gourde d'eau qu'il but d'un trait.


    « La vie est belle! » se dit-il avec enthousiasme.


    Casimir n'aurait pu imaginer qu'une autre manière de vivre ne fût possible.


    Dès qu'il fût rassasié et qu'il ne se fût reposé, il se mit à méditer. Ça l'aidait à digérer et à se libérer l'âme. Il trouvait qu'elle en avait grand besoin. Il n'aurait jamais pu conclure un moment aussi intense sans lui consacrer une méditation. C'était la procédure habituelle par laquelle il se rendait compte qu'il était heureux et qu'il en amplifiait les ondes bénéfiques.


    Lorsqu'il en eut terminé, il se leva avec une sensation de légèreté et s'en retourna à la « maison fleurie ».


    Arrivé chez lui, il chercha sa garde-robe. Chaque retour de randonnée de plus de deux heures était agrémenté par la recherche du mobilier qui s'était déplacé pendant son absence.


    Ce jeu de cache-cache l'amusait énormément dans la mesure où il pouvait les retrouver! Si la promenade avait été trop fatiguante, il remettait sa recherche au lendemain. Mais dans ce cas, il pouvait arriver que chaque élément du mobilier eût retrouvé sa place avant qu'il ne se remette à effectuer ses recherches.


    December 08

    Spirales de vie 6 - Vergaelen Michel

     

    Casimir avait choisi de rester quelques heures dans cette enclave de bonheur et de calme, au milieu de nulle part, de partout!


    Du regard, il suivit le vol de l'abeille qui le narguait. Elle faisait se emplettes matinales, de fleur en fleur. Il ne se lassait pas de ce spectacle passionnant.


    Sur le bord inférieur du talus pourrissait une bûche sur laquelle étaient apparus quelques champignons. C'était de saison.


    Il se remémora les délicieux repas qu'il se préparait jadis à base des champignons qu'il allait cueillir dès le petit matin dans les prairies où paissaient les chevaux.


    Il repensait à ces merveilleux moment de cueillette qui précédaient les délicieuses omelettes aux champignons.


    « Il faut remettre ça! » Pensa-t-il avec enthousiasme. Il se coucha dans l'herbe, la tige d'une pâquerette en bouche.


    Il réfléchit au programme de la journée du lendemain. Ce soir déjà, il préparerait le costume de « cueilleur de champignons », en espérant qu'il pût encore l'enfiler, car il avait l'impression d'avoir pris un peu de poids depuis la dernière cueillette!


    Le reste de la journée, Casimir médita, continuant à observer les petits animaux qui peuplaient la partie de talus qu'il occupait.


    Ici, un petit lapin sortit de son terrier, devenu invisible sous les grandes herbes de la fin de l'été. Il grimpa lentement le talus, sans même apercevoir la présence de l'homme, et, arrivé au bord de la prairie, accéléra et disparut.


    Là, l'alouette faisait du surplace en piaillant, en contre-jour, devant le soleil éblouissant à cette heure.


    Casimir dégustait chaque instant de sa vie. Non seulement il en jouissait sur l'instant, mais il avait la faculté de se les mémoriser et de pouvoir, lors de ses rétrospectives, de les reproduire pour les revivre avec quasi autant d'intensité.